Le Grand Contournement Ouest de Strasbourg : un projet routier historique et controversé
Le Bas-Rhin vit depuis plusieurs décennies au rythme du projet d’autoroute connu sous le nom de Grand Contournement Ouest (GCO) de Strasbourg. Destiné à désengorger la métropole strasbourgeoise, ce tracé autoroutier d’environ 24 kilomètres est une infrastructure qui a mis près de cinquante ans à voir le jour. Pensé dès les années 1970, le projet n’a cessé de faire débat, cristallisant un large éventail d’opinions et d’enjeux, notamment en matière d’environnement et de mobilités alternatives.
La trajectoire du GCO se distingue également par une longue et intense mobilisation citoyenne. Le collectif GCO Non Merci, fondé en 2004, fête en 2024 ses vingt années d’opposition. Ce collectif est devenu une figure emblématique de la contestation environnementale contre un projet qualifié de « contre toute logique environnementale ». Avec son engagement prolongé, ses actions sur le terrain, notamment via l’occupation de zones destinées à accueillir des infrastructures, il a longtemps symbolisé la résistance locale contre l’autoroute A355, nom officiel de cette nouvelle voie.
Pourtant, malgré des rapports indépendants mettant en évidence dès 2005 l’absurdité du GCO, et plusieurs enquêtes publiques jugeant la finalité du projet contestable, le préfet de Région de l’époque, Jean-Luc Marx, a signé en 2018 l’arrêt d’autorisation environnementale unique permettant la poursuite des travaux. L’entreprise Arcos, filiale de Vinci, a ainsi obtenu la concession de ce tracé routier. Cela a lancé une bataille judiciaire féroce, avec recours en référé et multiples contestations qui continuent de secouer la région, et mobilisent toujours l’attention du public.
Ce projet emblématique illustre les difficultés à concilier aménagements routiers, protection de l’environnement et pressions sociales dans une métropole européenne en mutation. Alors que l’autoroute continue de fonctionner, plusieurs décisions de justice remettent en cause son exploitation, questionnant les valeurs et priorités que la société choisit de défendre dans ses infrastructures.
Les recours judiciaires et décisions de justice autour du GCO : une affaire toujours vivante
La justice administre une place cruciale dans la saga du GCO. En effet, dès 2021, le tribunal administratif de Strasbourg est intervenu de manière significative, à la suite des recours déposés par plusieurs associations, dont Alsace Nature, représentant le collectif GCO Non Merci. Lors de l’audience du 17 juin 2021, le tribunal a donné raison aux opposants sur cinq des six recours présentés, soulignant des insuffisances graves notamment dans l’évaluation des mesures compensatoires visant à protéger l’environnement.
Le tribunal a considéré que ces mesures ne garantissaient pas une équivalence écologique ni l’absence nette de perte de biodiversité. C’est un rappel fort que la construction et la mise en service d’une infrastructure d’une telle ampleur ne peuvent se faire sans une évaluation rigoureuse de leurs impacts environnementaux. Par ailleurs, la remise en cause de l’arrêté d’autorisation environnementale unique a obligé l’État et Vinci à lancer une nouvelle enquête publique conformément à la Loi sur l’eau, avec un délai de six mois pour produire un verdict, portant un coup d’arrêt à la libre exploitation du GCO.
Le tribunal a aussi ordonné une reprise de l’instruction sur certains points, notamment l’abattage d’arbres déjà réalisés, preuve que les opposants ont réussi à imposer une seconde lecture du dossier. Pourtant, malgré ces avancées judiciaires favorables au collectif, la Cour administrative d’appel de Nancy a autorisé dès novembre 2021 la mise en service de l’autoroute, sans attendre l’issue complète des enquêtes complémentaires.
Cette décision a été prise en tenant compte de l’intérêt public majeur : réduction de la pollution atmosphérique globale dans l’agglomération strasbourgeoise, amélioration de la sécurité routière, diminution du bruit aux abords de l’ancienne autoroute A35 et réduction du temps de trajet pour les usagers. La Cour a également invoqué que de nouvelles suspensions de l’usage routier auraient des impacts économiques et sociaux difficiles à réparer. Ainsi, le GCO a été mis en service officiellement en 2022, tout en restant sous surveillance administrative et judiciaire.
Ce dossier illustre les défis auxquels le Bas-Rhin est confronté pour réguler ses infrastructures et les enjeux liés à la gouvernance environnementale. L’affaire du GCO montre comment les procédures judiciaires peuvent à la fois entraver et encadrer un projet d’aménagement d’envergure, ne cédant pas à l’urgence mais exigeant des garanties.
Impact environnemental du GCO et débats sur la pollution dans le Bas-Rhin
L’argument écologique est au cœur des débats animant la contestation du GCO. Alors que l’autoroute A355 vise à améliorer la circulation et à réduire la congestion de l’agglomération, plusieurs études et observateurs pointent des effets mitigés voire négatifs sur l’environnement local. En 2023, les mesures de qualité de l’air mettent en lumière une amélioration générale, notamment en termes de réduction des particules fines dans certains secteurs de Strasbourg.
Cependant, cette amélioration n’est pas homogène. Sur les communes riveraines du tracé de l’autoroute, une augmentation sensible de la pollution a été constatée, souvent liée à une hausse du trafic, notamment le passage accru des poids lourds. Ces éléments sont en contradiction avec l’objectif initial de désengorger le trafic sur la M35, dont la fréquentation est restée globalement stable malgré la mise en service de la nouvelle infrastructure.
Le collectif GCO Non Merci dénonce cette disparité environnementale et attire l’attention sur la complexité des flux de circulation et des nuisances qui en découlent. Cette critique souligne que le GCO ne révolutionne pas la mobilité dans le Bas-Rhin mais redistribue plutôt les contraintes, augmentant la pollution dans certaines zones déjà fragilisées.
Les opposants appellent ainsi à une refonte plus large de la stratégie de mobilité, intégrant non seulement les infrastructures routières mais aussi des alternatives solides comme le ferroutage ou le développement des transports collectifs. Ces propositions portent l’idée que la lutte contre la pollution et les congestions passe par un changement de paradigme face au tout-automobile, un combat encore difficile à mener auprès du grand public attaché à la voiture individuelle.
Cette question environnementale est intimement liée au débat politique local et aux orientations de l’État, notamment avec des figures comme Michel Vilbois, préfet du Bas-Rhin, dont le rôle dans les arbitrages autour du GCO a souvent été mis en lumière.
Mobilisation et résistances : l’héritage du collectif GCO Non Merci après la mise en service de l’autoroute
Malgré la mise en service officielle du GCO, la bataille menée par le collectif GCO Non Merci ne s’est pas arrêtée. La détermination à faire évoluer les politiques d’aménagement est intacte, façonnée par des années d’expérience et de luttes sur le terrain. Ce collectif a su s’adapter avec persévérance, transformant sa contestation initiale en une force de réflexion et d’action sur la mobilité durable et la justice environnementale.
Les actions du collectif n’ont jamais été un simple rejet radical mais une démarche voulue pour informer, sensibiliser et proposer des alternatives. Leur implication dans la coalition nationale « La déroute des routes » illustre cette volonté d’étendre leur savoir-faire et leur message au-delà du Bas-Rhin. Cela permet de constituer un front commun auprès d’autres zones touchées par des projets similaires, multipliant ainsi les perspectives et les solutions de rechange à la voiture individuelle et aux infrastructures lourdes.
L’expérience du GCO nourrit aussi une réflexion sociétale plus large. Le refus grandissant pour le tout-auto, dans une époque où les enjeux climatiques deviennent centraux, oblige à repenser les modes de déplacement. Le collectif souligne la nécessité d’une pédagogie forte pour faire évoluer les mentalités, notamment auprès des populations attachées à leur véhicule par nécessité professionnelle ou quotidienne.
Le défi est d’amener les décideurs politiques à changer de paradigme. En relocalisant certaines activités économiques, favorisant le report modal vers le rail et les transports doux, le Bas-Rhin pourrait développer un modèle plus équilibré. L’enjeu dépasse la seule contestation du GCO pour penser l’avenir de la mobilité et de l’aménagement du territoire dans une grande métropole européenne.
Infrastructures routières et avenir urbain dans le Bas-Rhin : entre enjeux de mobilité et durabilité
Le Bas-Rhin est aujourd’hui confronté à un paradoxe : comment répondre aux besoins croissants de mobilité tout en limitant les impacts négatifs sur l’environnement et la qualité de vie ? Le GCO reste un élément structurant du réseau routier local, mais il soulève des questions fondamentales sur les priorités d’aménagement et les transitions énergétiques et sociales en cours.
Depuis l’ouverture de l’autoroute, le trafic a augmenté, confirmant certes le succès d’une nouvelle voie, mais posant la question des effets rebonds, une conséquence bien connue où l’amélioration des réseaux routiers attire naturellement plus d’usagers. Cette tendance souligne les limites du simple élargissement des infrastructures pour pallier les congestions urbaines.
À l’horizon 2026 et au-delà, les décideurs stratégiques du Bas-Rhin doivent intégrer la complexité des données environnementales, économiques et sociales. Le défi est aussi politique, car les arbitrages entre construction d’infrastructures lourdes et développement des alternatives durables restent délicats.
Le Bas-Rhin est ainsi à la croisée des chemins entre un héritage autoroutier marqué, illustré par le GCO, et une volonté grandissante de transition métropolitaine vers une mobilité plus respectueuse de l’environnement. Ce dilemme continuera d’alimenter les débats locaux, où justice, contestation citoyenne et projets d’infrastructures se confrontent dans une dynamique qui nécessite innovation et compromis.

